Jean Fontaine
La mécanique c’est de la raison en mouvement.
Mais la mécanique, c’est précis, clair, efficace et huilé.
Tandis que la folie, c’est chahuté, confus, vain et grippé.
La mécanique, c’est du fer, des rouages, des courroies, des pistons.
La folie, c’est de l’humain des passions, des passions, des neurones, des peurs.
Quand on est fou, ou est marteau, on déraille, débloque, disjoncte et en plus pète les plombs
Et on subit les électrochocs !
Alors que le mécanique, c’est le froid linéaire, objectif et, en plus ça aime l’électricité. La mécanique fonctionne parce que l’intelligence a su concevoir et concocter de subtil machine. La folie est survenue parce que le cerveau à flanché et capoté.
Le sculpteur Jean Fontaine met le doigt sur l’engrenage pervers qui met en branle raison et folie. Le corps humain, c’est un squelette, des os des muscles, des nerfs, un cerveau et ça fonctionne selon une logique proche de la mécanique. Il faut parfois déboucher les artères, résoudre, piquer, perfusionner , plâtrer.
Jean Fontaine, lui, pratique, la greffe. Il transplante des rouages – clapets, cliquets, condensateurs, culbuteurs, cylindres- pour les emboucher, accoupler avec des parties, s humaines. De ces coït naissent œuvres, accouchées dans le cambouis et arborant d’emblée la belle noirceur de métal gazoilé.
Dans ces hybrides – mécanobizarreries, dingomachines, locotechniques – tout est portant éminemment logique. Rationnel. Ca pourrait marcher. Ca nous fait, en tout cas marcher. Grâce à ses tours de passe-passe, le céramiste Fontaine fait sourdre le trompe-l’œil. Il joue avec les formes comme d’autres jouent avec les mots. Et il ne se prive pas de triturer les titres de ses pièces à la piètre logique. Car chez Fontaine, on parvient au constat que trop de raison fortifie l’absurde.
Des machines trop parfaites, prouvent la débilité de l’homo sapiens. L’humain n’étant forcément qu’imparfait, impulsif, tête en l’air, fragile. De même que des Etats totalement homogènes ne peuvent aussi que rejeter l’individu, ce petit rouage égocentrique, indocile, indolent, même Dieu n’est qu’un vieillard barbu, tout juste bon à surveiller la mécanique céleste et à actionner sa burette pour lubrifier les rouages terrestres.
Et voilà comment les avant-propos perdent la post-face, puisqu’on ne dispose toujours pas
d ‘une machine à écrire les préfaces ou, mieux, les pré-farces.


