Hubert Patrice
Sans doute que la création, où elle s ’ébat le mieux, c’est au stade où ses sentiers ne sont pas encore frayés. Sitôt qu’ils le sont la voici qui commence à se regarder faire et ce n’est pas très sain pour elle. Après les sentiers viennent bientôt les boulevards et ceux-ci conduisent droit au dénaturations et aux embaumements. Ce qui lui convient le mieux à la création, c’est, je crois, les fourrés et pas de sentiers du tout ou alors des sentiers bien indiscernables, soupçonnés d’elle seule, voire oubliés d’elles-même, et pas de boulevard surtout , et surtout pas d’esplanades. Elle ne respire plus du tout sur les esplanades, où pourtant on s’entête à toujours la porter (dans la bonne pensée de la donner mieux à voir).
Jean Dubuffet


